Des discussions récentes en USC, les coups de gueule syndicaux du mois de novembre et tout récemment, les résultats d’une enquête sur l’enseignement supérieur et universitaire nous confirment que beaucoup (trop !) de choses ne vont pas au sein de l’enseignement de la Communauté française.
Le problème c’est que ça ne date pas d’aujourd’hui. Ces vingt dernières années, la Communauté française a précipité, à l’aide de nombreuses réformes totalement inappropriées, le naufrage de l’Ecole publique francophone. Et, force est de constater qu’avec le temps, ce naufrage s’étend de l’école maternelle à l’Université.
Le niveau des élèves est, nous semble-t-il, très préoccupant car il ne cesse de baisser. Certes, les critères de jugement ne peuvent pas être les mêmes aujourd’hui qu’il y a 20 ans, mais nous ne pouvons pas pour autant faire l’impasse sur les savoirs de base, ceux qui forment l’esprit critique, la capacité à raisonner et à apprendre.
Ce constat sur l’école francophone, il est grand temps de l’accepter, sans faux semblants et en osant dire tout haut ce qui fâche. Car finalement, le débat qui s’ensuivra touche aux fondements de la démocratie et de la citoyenneté. C’est de notre société dans son ensemble qu’il s’agit.
Alors, quand est-ce que les pouvoirs publics vont enfin poser les bonnes questions, reconnaître leurs nombreuses erreurs et enfin agir pour le bien de tous en veillant à un enseignement de qualité avec des enseignants de qualité ?
Voici quelques problèmes parmi d’autres à soulever :
• En ce qui concerne l’enseignement fondamental : quand osera-t-on ouvertement admettre que la méthode globale c’est « du n’importe quoi » ? (En France, constatant les dégâts de cette méthode sur la maîtrise de la langue française, le gouvernement l’a récemment bannie des écoles).
Elle est tellement globale cette méthode qu’en fin de secondaire on certifie des élèves qui sont purement et simplement illettrés c’est-à-dire qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent et ne savent pas écrire deux phrases correctement. Et pourquoi ne pas réinstaurer la dictée pour apprendre l’orthographe ?
• Dans l’enseignement secondaire, on nous oblige à travailler par compétences. Mais comment travailler sur des savoir-faire quand il n’y a pas de savoir ? La plupart des élèves aujourd’hui ont de telles lacunes au niveau des savoirs de base qu’il est pratiquement impossible de travailler sur les compétences et surtout d’évaluer les élèves en tenant compte de ce critère. En effet, quand un enseignant, pour aborder un point de son programme, doit revenir trois ans en arrière, on comprend vite qu’il y a un gros problème !
Mais tout s’explique : on a décidé de ne plus faire passer d’examen en première année du secondaire qui est pourtant une année critique, donc passage automatique en 2ème année ! En 2ème, nombre d’élèves passent en 3ème malgré leurs échecs car pour pouvoir recommencer une 2ème il faut que l’école puisse organiser une classe de 2ème bis. Si pas de 2ème bis, on passe donc en 3ème même avec de grosses lacunes !!! Lacunes qui, bien sûr ne seront, sauf exception, jamais comblées !
Résultat, les écoles supérieures et même l’Université, sont obligées aujourd’hui de multiplier les cours préparatoires et les cours de soutien. Et, certains étudiants, pendant les cours préparatoires, se rendent compte qu’ils n’y arriveront pas car ils n’ont pas le niveau. La faute à qui ? A tous les professeurs qui, au cours de leur parcours scolaire, ont souvent baissé leurs exigences pour s’adapter aux lacunes des élèves.
• On veut revaloriser l’enseignement technique et professionnel ? Il est temps en effet d’inverser la tendance car pendant des années on en a fait un enseignement de seconde et troisième zone et les écoles qui dispensent ce type d’enseignement sont souvent apparentées à des écoles « poubelles ».
Ces filières d’enseignement sont nécessaires car elles permettent aux élèves qui ont du mal avec les savoirs théoriques d’apprendre autrement. Ce n’est pas plus facile, mais c’est différent et souvent plus pratique.
Mais, commençons aussi par valoriser les enseignants de ces écoles notamment ceux des cours généraux : combien d’entre eux, quand ils se plaignent de ne pas arriver à enseigner leur matière, ne se sont pas entendu dire par leur direction ou les inspecteurs,
« du moment que vous tenez bien vos élèves et qu’ils ne font pas de débordement, le programme ce n’est pas grave ! »
Un enseignant n’est pas un gardien d’enfants, il est là pour instruire et transmettre certaines choses. Et les élèves de ces écoles ont le droit de recevoir un enseignement complet et de qualité.
• Penchons-nous un instant sur cette fabuleuse invention : les
recours ! A la base peut-être une intention louable du politique même si la mesure ne devait toucher qu’une infime portion des élèves. Dans la réalité, nous ne pensons pas que les pouvoirs publics aient une quelconque idée de la manière dont cette procédure est vécue par les enseignants et surtout la manière dont elle handicape le processus de décision au sein des établissements scolaires.
Certains enseignants ont peur de mettre en échec des élèves qui n’ont pourtant pas le niveau requis parce que « s’il y avait
recours … » ; on ne fait pas doubler un élève pour un seul échec, même conséquent, parce que s’il y avait recours, il est plus que probable qu’il passerait dans la classe supérieure, etc.
Alors, que les pouvoirs publics nous expliquent : à quoi servent encore les évaluations et les examens puisque même les élèves n’ayant pas le niveau obtiennent leur passage à la classe supérieure voire leur diplôme ; à quoi servent encore les profs qui mieux que personnes connaissent leurs élèves et savent ce dont ils sont capables ou incapables mais dont on casse parfois la décision (et le moral !) en procédure de recours ?
• Tous niveaux d’enseignement confondus, quand reconnaîtra-t-on qu’on ne s’improvise pas enseignant ? Ces dernières années, au nom de la pénurie (a-t-on seulement réfléchi aux causes de la pénurie pour y remédier ?), on voit régulièrement débarquer dans les écoles des soi-disant profs qui font beaucoup de tort aux élèves.
Non, il ne suffit pas de maîtriser un certain savoir pour être un bon enseignant (par exemple, on peut être un très bon ingénieur mais un lamentable prof de math).
Non, on ne peut pas brader le diplôme d’enseignant : il n’est pas logique, quand on défend un enseignement de qualité, de donner un diplôme d’enseignant à des étudiants qui n’atteignent que tout juste leur moyenne, voire qui ont raté plusieurs de leurs stages, voire qui obtiennent leur diplôme parce qu’on lève certains échecs.
Un enseignement de qualité passe par des enseignants de qualité…
Alors, quand il n’y a pas de professeur disponible pour enseigner une matière, plutôt que de masquer le problème et faire comme si tout allait bien en donnant la charge à quelqu’un qui n’a pas les qualifications requises (et malgré sa très bonne volonté) mais qui risque d’imprimer des erreurs dans la tête de nos enfants, osons mettre en évidence un véritable problème en privant ces enfants de leurs heures de cours (mesure très peu populaire mais qui, si elle devait se répéter, ferait bouger les choses).
Marie Arena s’est offusquée quand un des « grands patrons » de Belgique a déclaré récemment que les écoles de la Communauté française étaient des fabriques de crétins. Certes, les mots sont forts mais, sur le terrain, on paie le résultat d’une politique qui se veut égalitaire et démocratique alors que dans les faits, elle creuse le fossé entre une grande majorité d’élèves qui vont sortir de l’école avec un diplôme qu’ils ne méritent pas et une très petite minorité de très bons élèves qui sortent de l’école publique avec un réel espoir dans la vie.
On a supprimé les examens pour passer dans certains niveaux scolaires, on a supprimé les devoirs à la maison, on nous invente tous les ans de nouvelles choses pour permettre à plus d’élèves d’aller au bout de leur scolarité, voire pour ne pas traumatiser les élèves ; mais à force de faciliter la tâche aux élèves, ils ne savent plus ce que signifie « faire des efforts », ils ne retirent même plus de fierté d’un travail bien fait car ils ne s’en donnent plus la peine.
Bref, il est grand temps d’arrêter le massacre. Les jeunes formés aujourd’hui sur les bancs de l’école publique belge sont les citoyens de demain. Il serait bon pour les partis démocratiques qu’à l’heure où ils seront appelés à voter ils soient capables de lire et analyser un programme politique digne de ce nom avec un certain esprit critique ! C’est censé s’apprendre à l’école mais …
Le temps que nous perdons depuis plusieurs années à discuter et à nous enflammer sur des « mesurettes » (l’Ecole ne se réduit pas à un budget, des barèmes, des salaires et un système de pensions) est du temps perdu pour la société que nous construisons pour nos enfants et, dans 20 ans, tout nous explosera à la figure, plus personne ne rigolera ni ne s’en foutra mais il sera bien trop tard !
Alors réagissons tous ensemble maintenant ! Et mobilisons-nous pour une école et une société gagnantes !